La transmission d’un arrêt de travail doit respecter des règles strictes, mais la loi ne précise pas le mode d’envoi. Entre pratiques numériques et exigences légales, l’envoi par mail soulève encore des questions. Cette analyse clarifie ce qui est autorisé, les précautions à prendre et les risques réels pour le salarié comme pour l’employeur.


L’obligation pour un salarié de justifier son absence pour cause de maladie constitue un principe fondamental du droit du travail. Elle découle notamment de l’article L1226-1, qui impose une information immédiate de l’employeur et la transmission d’un justificatif médical dans un délai déterminé. Si ces obligations sont clairement définies, le Code du travail demeure silencieux sur les modalités pratiques de transmission. Dans un contexte où l’outil numérique est devenu central, cette absence de précision alimente de nombreuses incertitudes.
L’enjeu est double : garantir la sécurité juridique du salarié, tout en permettant à l’employeur d’organiser le fonctionnement du service. Il devient donc essentiel d’examiner si l’envoi par mail satisfait réellement aux exigences légales et jurisprudentielles.
L’article L1226-1 impose au salarié d’informer son employeur de son absence « dans les meilleurs délais » et de transmettre un arrêt de travail. Le Code du travail ne prévoit aucune exigence quant au support, laissant au salarié la liberté de choisir le mode de transmission, sous réserve de respecter les délais.
Ainsi, ni le courrier postal, ni le dépôt en main propre, ni le mail ne sont expressément imposés ou exclus. Cette absence de formalisme ouvre la possibilité d’un envoi électronique, à condition que la preuve de la transmission puisse être rapportée et que le document transmis soit le volet employeur, dépourvu d’informations médicales en vertu des principes relatifs au secret médical et à la protection des données.
La jurisprudence admet que l’information de l’employeur peut être démontrée par tout moyen, y compris numérique. Cette approche, cohérente avec la transformation digitale du droit du travail, permet de valider l’envoi par mail dès lors que trois conditions sont réunies :
Dans ces conditions, les juridictions prud’homales ont déjà admis que l’envoi par courriel constituait une preuve suffisante de la justification de l’absence.
Si la loi ne fixe aucun formalisme, une entreprise peut néanmoins instaurer une procédure interne par note de service, règlement intérieur ou usage constant. L’article L1321-5 impose que ces règles soient portées à la connaissance du salarié pour être opposables.
Lorsque cette procédure impose un envoi par courrier recommandé, un dépôt physique ou l’utilisation d’un portail SIRH, le salarié doit s’y conformer. Cette exigence trouve son fondement dans les pouvoirs de direction de l’employeur, dès lors qu’elle n’a pas pour effet d’aggraver de manière disproportionnée les obligations du salarié.
Le non-respect d’une telle procédure peut être invoqué à l’appui d’une sanction disciplinaire, en particulier lorsque l’employeur estime que l’absence n’a pas été valablement justifiée.

Pour le salarié, l’envoi par courriel présente plusieurs avantages notables :
Pour l’employeur, ce mode de transmission peut également faciliter le traitement administratif et l’adaptation immédiate de l’organisation interne.
Malgré ses avantages, la transmission électronique comporte plusieurs risques qu’il convient d’anticiper.
Un mail peut être filtré, bloqué ou adressé à un interlocuteur incompétent. Or, si l’employeur ne reçoit pas le justificatif dans les temps, il peut considérer l’absence comme injustifiée, ce qui peut justifier une sanction (avertissement, mise à pied, voire licenciement pour cause réelle et sérieuse).
Le salarié doit donc s’assurer de la réception effective du message, ou, à tout le moins, conserver des preuves de l’envoi.
Si une procédure interne impose un mode de transmission particulier, le mail peut être jugé irrégulier. Dans ce cas, même si l’absence est médicalement justifiée, la forme de la transmission peut être contestée sur le terrain disciplinaire.
Le courriel doit contenir uniquement le volet employeur, dépourvu d’indications médicales. Une transmission comportant des informations de santé pourrait engager la responsabilité de l’employeur en cas de diffusion involontaire, mais aussi celle du salarié sur le terrain du secret médical.
Pour limiter les risques contentieux, il est recommandé d’adopter une démarche structurée :
En cas de contestation ou de sanction fondée sur une absence prétendument injustifiée, il est indispensable de réunir immédiatement l’ensemble des preuves de transmission et de solliciter, si nécessaire, l’assistance d’un avocat afin de contester la mesure disciplinaire.
L’envoi d’un arrêt de travail par mail est juridiquement possible, mais jamais anodin. Il doit être analysé à la lumière des obligations légales, des pratiques internes de l’entreprise et des exigences probatoires. Lorsqu’il est correctement réalisé, il offre un moyen rapide et efficace de respecter ses obligations. À l’inverse, une transmission imprécise ou tardive peut suffire à déclencher une sanction dont les conséquences peuvent être importantes.
Pour prévenir toute difficulté, la prudence commande de privilégier un envoi structuré, traçable et conforme aux procédures internes. En cas de doute, l’accompagnement par un avocat permet de sécuriser la démarche et d’éviter un contentieux inutile.
En principe, l’employeur ne peut pas rejeter un arrêt de travail uniquement parce qu’il a été transmis par mail. Le Code du travail ne prévoit aucun formalisme particulier pour la transmission du justificatif. Cependant, si l’entreprise a mis en place une procédure interne obligatoire (par exemple un dépôt via un portail RH, un envoi postal ou une remise en main propre), cette procédure prévaut. Dès lors, un envoi par mail non conforme peut être considéré comme irrégulier.
En cas de litige, les juges vérifient si le salarié avait connaissance de la procédure et si l’employeur l’a régulièrement portée à sa connaissance. Une politique interne trop imprécise ou non communiquée ne permet pas de sanctionner un salarié de bonne foi.
Oui, un mail peut suffire à justifier une absence, à condition qu’il soit accompagné du volet employeur de l’arrêt de travail et qu’il soit transmis dans le délai légal de 48 heures. La jurisprudence reconnaît la validité de la preuve électronique, tant que le salarié peut produire le mail envoyé, la pièce jointe et l’horodatage.
En pratique, il est recommandé d’ajouter une formule indiquant que les volets destinés à la CPAM ont été transmis selon les règles applicables. Cette transparence réduit les risques de contestation.
Toutefois, en cas de contentieux (sanction, licenciement pour absence injustifiée), les juridictions apprécieront l’intégrité de la transmission et la bonne foi du salarié.
Plusieurs risques existent si l’arrêt est envoyé hors délai, à une mauvaise adresse ou en violation de la procédure interne. Le plus courant est la qualification d’absence injustifiée, qui peut entraîner :
Une transmission incomplète (document illisible, pièce jointe manquante) ou tardive peut également justifier une contestation.
Pour éviter toute difficulté, le salarié doit conserver toutes les preuves de l’envoi (mail, captures d’écran, accusés automatiques, original papier) et, en cas de doute, procéder à un double envoi (mail + courrier recommandé).
Oui. Le salarié peut scanner ou photographier son arrêt de travail dès lors que la copie est claire, complète et lisible. Les juridictions admettent la valeur probatoire des reproductions numériques, sauf preuve d’altération ou de manipulation.
Il est essentiel de transmettre uniquement le volet 3, destiné à l’employeur, afin de préserver la confidentialité des données médicales.
Le salarié doit également conserver l’original papier, car l’assurance maladie ou l’employeur peut en demander la présentation ultérieurement, notamment lors d’un contrôle.
Si l’employeur considère que l’envoi n’a pas été effectué dans les règles, le salarié doit immédiatement rassembler ses preuves de transmission : mail envoyé, horodatage, capture d’écran de la pièce jointe, témoignages éventuels.
Il est recommandé de vérifier la procédure interne, la convention collective et les éventuelles notes de service applicables.
En cas de sanction, de retenue de salaire ou de procédure disciplinaire, le salarié peut saisir un avocat en droit du travail afin d’évaluer la régularité de la procédure et, si besoin, engager un recours devant le conseil de prud’hommes.
Dans la majorité des litiges, les juges privilégient une approche pragmatique : un salarié ayant envoyé un mail dans les délais, disposant de preuves objectives et agissant de bonne foi bénéficie généralement d’une protection efficace.

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