La retraite progressive s’impose désormais comme un dispositif central de l’aménagement des fins de carrière. Si elle répond à une logique de maintien dans l’emploi des salariés expérimentés, elle confronte l’employeur à des contraintes organisationnelles parfois complexes. La réforme intervenue à l’automne 2025 a profondément modifié l’équilibre existant en renforçant les exigences pesant sur l’employeur en cas de refus. Désormais, l’opposition à une demande de retraite progressive doit être précisément justifiée, sous peine de fragilisation juridique.


La retraite progressive s’inscrit désormais comme un levier structurant de la gestion des fins de carrière. À la croisée des enjeux sociaux, organisationnels et juridiques, elle confronte l’employeur à une équation délicate : concilier la réduction du temps de travail d’un salarié expérimenté avec les impératifs de continuité de l’activité. Longtemps marquée par une marge d’appréciation relativement large, la faculté de refus de l’employeur connaît aujourd’hui un resserrement significatif.
La réforme intervenue à l’automne 2025 marque une inflexion nette. Le refus d’une demande de retraite progressive n’est plus seulement encadré dans son principe ; il est désormais soumis à une exigence renforcée de justification concrète, transformant profondément les pratiques RH et le contentieux potentiel.
La retraite progressive permet au salarié de percevoir une partie de sa pension tout en poursuivant une activité professionnelle réduite. Ce dispositif repose sur une modification de la durée du travail, sans rupture du contrat.
Deux situations doivent être distinguées :
Il ne s’agit donc ni d’un congé, ni d’un départ anticipé, mais bien d’un aménagement contractuel, impliquant nécessairement l’employeur.
Depuis septembre 2023, la demande de retraite progressive ne peut plus être ignorée. Elle déclenche une procédure précise, assortie de délais stricts. L’employeur doit se prononcer dans un délai déterminé à compter de la réception de la demande du salarié.
L’absence de réponse dans ce délai est lourde de conséquences. Elle peut valoir acceptation tacite de la modification du temps de travail, plaçant l’entreprise dans une situation subie, parfois difficilement réversible. Cette règle impose aux employeurs une vigilance accrue dans le traitement administratif et juridique de ces demandes.
Le droit du travail n’autorise pas l’employeur à refuser librement une demande de retraite progressive. Le motif de refus est unique : l’incompatibilité de la durée de travail sollicitée avec l’activité économique de l’entreprise.
Ce cadre traduit une philosophie claire : la retraite progressive est encouragée, et le refus doit demeurer l’exception. Toutefois, jusqu’à récemment, cette notion d’incompatibilité laissait place à des appréciations parfois larges, voire imprécises.
La loi adoptée en octobre 2025 modifie en profondeur l’équilibre antérieur. Désormais, le refus ne peut plus se limiter à une affirmation générale. Il doit exposer concrètement les raisons pour lesquelles la réduction du temps de travail compromettrait la continuité de l’activité.
Deux axes doivent être traités dans la justification :
Cette exigence transforme le refus en un acte juridiquement construit, susceptible d’être contrôlé.
La continuité de l’activité ne se confond pas avec la simple gêne organisationnelle. Elle suppose une atteinte significative au fonctionnement normal de l’entreprise ou du service.
Peuvent notamment être concernés :
À l’inverse, un refus sera fragilisé s’il apparaît que des aménagements raisonnables étaient envisageables sans désorganisation majeure.
Lorsque l’employeur invoque la nécessité d’un recrutement pour compenser la réduction du temps de travail, il doit désormais expliquer pourquoi ce recrutement est difficile.
Cette justification ne peut être abstraite. Elle doit s’ancrer dans la réalité du marché du travail, du bassin d’emploi, du niveau de qualification requis ou des expériences antérieures de recrutement. À défaut, l’argument perd en crédibilité.
Cette exigence place les employeurs face à une obligation indirecte de traçabilité des difficultés de recrutement, là où celles-ci relevaient auparavant du discours général.
Un refus mal justifié expose l’employeur à plusieurs risques, principalement contentieux. Le salarié peut contester la décision en soutenant que l’incompatibilité invoquée est fictive ou exagérée.
Le juge sera alors conduit à apprécier :
Au-delà du risque judiciaire, un refus fragilisé peut également nourrir un climat social dégradé et affecter la politique de gestion des salariés expérimentés.
Face à ce nouveau cadre, les entreprises ont intérêt à structurer leur approche.
Il est recommandé de :
La retraite progressive doit être intégrée dans une stratégie RH, et non traitée comme un incident isolé.
Si la réforme renforce les contraintes pesant sur l’employeur, elle ouvre également un espace de dialogue. Une justification sérieuse suppose un échange réel sur les besoins du service et les attentes du salarié.
Lorsqu’elle est anticipée et accompagnée, la retraite progressive peut devenir un outil de transmission des compétences, de stabilisation des équipes et de sortie progressive de l’emploi, au bénéfice des deux parties.
Le refus d’une demande de retraite progressive n’est plus un acte discrétionnaire. Il devient un acte juridiquement exposé, soumis à une exigence accrue de motivation et de cohérence. Cette évolution impose aux employeurs une professionnalisation de leurs pratiques, tout en offrant aux salariés un cadre plus lisible et protecteur. La retraite progressive s’affirme ainsi comme un véritable sujet de droit du travail, au cœur des enjeux contemporains de fin de carrière.
Non. Le refus n’est pas libre. Il doit être fondé sur l’incompatibilité de la durée de travail demandée avec l’activité de l’entreprise. Un refus de principe ou généralisé est juridiquement fragile et peut être contesté.
La justification doit exposer les conséquences concrètes de la réduction du temps de travail sur la continuité de l’activité ou du service concerné. Lorsque la réduction impose un recrutement, l’employeur doit également expliquer les difficultés rencontrées pour pourvoir le poste.
Oui. Lorsque l’employeur ne répond pas dans le délai légal à compter de la réception de la demande, l’accord peut être réputé acquis. Le respect des délais est donc essentiel pour l’entreprise.
Oui. Un salarié peut contester un refus qu’il estime insuffisamment motivé ou déconnecté de la réalité de l’organisation. Le juge appréciera alors la cohérence et le caractère objectif de la justification avancée par l’employeur.
Non. L’employeur n’est pas obligé de bouleverser son organisation. En revanche, il doit démontrer qu’une réorganisation raisonnable n’est pas possible sans porter atteinte à la continuité de l’activité.

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