Harcèlement moral au travail : preuve, recours et indemnisation en 2026

Harcèlement moral au travail : prouver, alerter, agir

Agissements répétés, dégradation des conditions de travail, atteinte à la santé ou à la dignité : comment prouver un harcèlement moral au travail, le signaler, saisir les prud'hommes ou porter plainte, et quelle indemnisation obtenir en 2026.

Une salariée note avec soin, dans un carnet daté, les faits qu'elle subit au travail, devant les e-mails ouverts sur son ordinateur
October 23, 2026

Harcèlement moral au travail : preuve, recours et indemnisation en 2026

Par Avocats de Confiance · Publié et vérifié le 23 octobre 2026. Le harcèlement moral au travail désigne des agissements répétés qui dégradent les conditions de travail d'un salarié et portent atteinte à ses droits, à sa dignité, à sa santé physique ou mentale, ou compromettent son avenir professionnel. Il est interdit par le Code du travail et puni par le Code pénal. Le salarié victime n'a pas à prouver seul le harcèlement : il présente des éléments de fait qui le laissent supposer, puis c'est à l'employeur de démontrer que ces agissements ne sont pas un harcèlement. Le salarié peut obtenir des dommages et intérêts et faire annuler un licenciement, une démission ou une rupture conventionnelle liés au harcèlement.

Ce guide fait le point en 2026 sur le harcèlement moral au travail : définition légale, signes à repérer, preuve, signalement dans l'entreprise, obligations de l'employeur, recours devant le conseil de prud'hommes et devant le juge pénal, indemnisation et délais. Chaque règle renvoie à un texte officiel : les articles du Code du travail sur le harcèlement moral et la fiche Service Public « Harcèlement moral », vérifiée le 31 octobre 2025.

Harcèlement moral au travail : l'essentiel en un tableau

QuestionRègleSource
DéfinitionAgissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnelC. trav., L. 1152-1
Intention de nuirePas nécessaire : il suffit que le comportement ait pour effet de nuire à la victimeService Public
Lien hiérarchiquePas nécessaire : employeur, supérieur, collègue ou subordonné peuvent être auteursService Public
PreuveLe salarié présente des éléments de fait laissant supposer un harcèlement ; l'employeur doit prouver le contraireC. trav., L. 1154-1
Protection de la victime et des témoinsAucune sanction ni mesure discriminatoire pour avoir subi, refusé, relaté ou témoigné de bonne foiC. trav., L. 1152-2
Rupture liée au harcèlementNulle : licenciement, démission ou rupture conventionnelle peuvent être annulésC. trav., L. 1152-3 ; Service Public
Licenciement nul sans réintégrationIndemnité au moins égale aux salaires des six derniers moisC. trav., L. 1235-3-1
Délai devant les prud'hommes5 ans à compter des derniers faits de harcèlementService Public ; C. trav., L. 1471-1
Délai pour porter plainte6 ans après le dernier faitService Public
Sanction pénale2 ans de prison et 30 000 € d'amende ; 3 ans et 45 000 € avec deux circonstances aggravantesService Public (C. pén., art. 222-33-2)

Qu'est-ce que le harcèlement moral au travail ?

La définition légale du harcèlement moral figure à l'article L. 1152-1 du Code du travail : « Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. »

Trois éléments ressortent de ce texte. D'abord, des agissements répétés : un fait isolé, même grave, relève d'autres qualifications (faute, violence, injure), pas du harcèlement moral. Ensuite, une dégradation des conditions de travail du salarié. Enfin, une conséquence possible sur ses droits et sa dignité, sur sa santé physique ou mentale, ou sur son avenir professionnel. Le texte vise l'objet ou l'effet des agissements : il n'exige pas que la dégradation soit voulue.

Pas besoin d'intention de nuire ni de lien hiérarchique

La fiche Service Public sur le harcèlement moral le précise : « il n'est pas nécessaire que l'auteur des faits ait eu l'intention d'entraîner une dégradation des conditions de travail de la personne qu'il harcèle. Il suffit que son comportement ait pour effet de nuire à la victime sans pour autant qu'il se rende compte du mal qu'il fait. »

Le harcèlement moral n'est pas réservé à la relation entre un manager et son équipe. Selon Service Public, ces agissements sont interdits quel que soit le lien hiérarchique : le salarié est protégé même si les faits sont commis par un membre du personnel encadrant, par l'employeur lui-même, par un collègue ou par un subordonné. La protection bénéficie aussi aux stagiaires et aux apprentis.

Exemples de harcèlement moral au travail

Service Public cite plusieurs exemples : des insultes, des humiliations en public ou des brimades constituent des faits de harcèlement. Il en est de même si un supérieur hiérarchique supprime systématiquement les outils de travail d'un salarié ou interdit aux autres employés de lui adresser la parole. En pratique, les situations portées devant le conseil de prud'hommes combinent souvent plusieurs agissements :

  • critiques systématiques et dénigrement du travail devant les collègues ;
  • mise à l'écart, isolement, retrait de missions ou de responsabilités sans raison ;
  • objectifs impossibles, surcharge ou, à l'inverse, absence totale de travail ;
  • propos humiliants, menaces, pressions répétées, y compris par messages en dehors des heures de travail ;
  • sanctions injustifiées en série, changements d'horaires ou de poste vexatoires ;
  • refus répétés de formation ou d'évolution sans justification objective.

Ces exemples ne valent pas preuve à eux seuls : c'est la répétition des agissements et leur effet sur les conditions de travail du salarié que le juge apprécie, au vu de l'ensemble des éléments.

Harcèlement moral, pouvoir de direction et management

Un employeur peut fixer des objectifs, contrôler le travail, faire des reproches justifiés ou sanctionner une faute : l'exercice normal du pouvoir de direction n'est pas un harcèlement moral. La frontière tient aux éléments objectifs. L'article L. 1154-1 demande précisément à l'employeur de prouver que ses décisions sont « justifiée[s] par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement ». Un management dur mais justifié et proportionné n'est pas sanctionné à ce titre ; des méthodes de gestion qui, de façon répétée, humilient, isolent ou épuisent un salarié peuvent l'être.

Les signes et les conséquences du harcèlement moral

Le harcèlement moral au travail s'installe souvent progressivement. Le salarié qui le subit décrit fréquemment un isolement croissant, une perte de confiance, du stress, de l'anxiété, de la fatigue, des troubles du sommeil, puis parfois un arrêt de travail. Ces signes ne suffisent pas à qualifier juridiquement un harcèlement, mais ils comptent dans le dossier : la loi vise expressément l'altération de la santé physique ou mentale.

Les conséquences sont aussi professionnelles : évaluation dégradée, mutation, perte de responsabilités, départ contraint de l'entreprise. Pour la victime, il est utile de consulter le médecin traitant et le médecin du travail, qui peut aussi participer à la prévention du harcèlement moral dans l'entreprise selon Service Public. En cas d'arrêt de travail, notre guide sur l'arrêt maladie et son indemnisation en 2026 détaille les règles d'indemnisation.

Comment prouver un harcèlement moral au travail ?

La preuve du harcèlement moral obéit à une règle particulière, fixée par l'article L. 1154-1 du Code du travail. Le salarié n'a pas à apporter une preuve complète : il « présente des éléments de fait laissant supposer l'existence d'un harcèlement ». Ensuite, « au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que ces agissements ne sont pas constitutifs d'un tel harcèlement et que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement ». Enfin, le juge forme sa conviction, après avoir ordonné si besoin des mesures d'instruction.

La charge de la preuve en deux temps

ÉtapeQui ?Ce qu'il faut apporter
1. Présenter des faitsLe salariéDes éléments de fait précis, datés et concordants, qui, pris ensemble, laissent supposer un harcèlement
2. JustifierL'employeur (ou l'auteur mis en cause)La preuve que les agissements ne sont pas un harcèlement et que ses décisions reposent sur des éléments objectifs
3. TrancherLe jugeIl apprécie l'ensemble des éléments et peut ordonner des mesures d'instruction

Les preuves utiles

Service Public liste les éléments que la victime peut réunir pour établir le harcèlement moral :

  • l'identité et les coordonnées de l'auteur des faits ;
  • des captures d'écran (SMS, images envoyées par messages) ;
  • des copies de mails ;
  • des documents de travail : bulletins de paie, résultats d'évaluation ;
  • des enregistrements audio ou vidéo ;
  • des attestations de témoins, avec leur identité complète ;
  • un certificat médical.

Service Public recommande que ces éléments soient datés : ils sont pris en compte même si les faits se sont déroulés sur plusieurs années. En pratique, tenir un journal des faits (date, heure, lieu, propos, personnes présentes) et conserver les échanges écrits renforce beaucoup un dossier. Les arrêts de travail et les avis du médecin du travail ne prouvent pas à eux seuls l'origine de la dégradation de la santé, mais ils s'ajoutent aux autres éléments.

Les témoignages des collègues

Les témoins hésitent souvent à attester contre leur employeur. La loi les protège : selon l'article L. 1152-2, aucune personne ayant « de bonne foi, relaté ou témoigné » d'agissements de harcèlement moral ne peut être sanctionnée, licenciée ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire. Service Public ajoute qu'un témoin peut en revanche être sanctionné en cas de dénonciation mensongère. Une attestation écrite, datée, signée et accompagnée d'une pièce d'identité du témoin est la forme habituelle devant le conseil de prud'hommes.

Signaler le harcèlement moral dans l'entreprise

Avant toute action en justice, le salarié peut alerter l'employeur. Selon Service Public, la victime ou le témoin d'un harcèlement moral commis par un salarié peut le signaler à l'employeur par un courrier écrit, et lui demander de prendre toutes mesures nécessaires au rétablissement de conditions de travail normales. Service Public met à disposition un modèle de lettre de signalement. L'alerte peut aussi passer par :

  • un responsable hiérarchique ;
  • le responsable des ressources humaines ;
  • un membre du personnel spécialement désigné, comme le référent harcèlement ;
  • le médecin du travail ;
  • un représentant du personnel.

Face à une accusation de harcèlement moral, l'employeur doit mener une enquête pour savoir si les faits ont eu lieu. S'ils sont établis, il doit sanctionner l'auteur : l'article L. 1152-5 prévoit que tout salarié ayant procédé à des agissements de harcèlement moral est passible d'une sanction disciplinaire. Si l'employeur ne prend aucune mesure, le salarié victime peut se retourner contre lui et demander des dommages et intérêts.

Quand l'auteur est l'employeur

Lorsque le harcèlement moral vient de l'employeur lui-même, Service Public indique que la victime peut signaler les faits aux représentants du personnel : dans les entreprises de moins de 11 salariés, les membres des commissions paritaires régionales interprofessionnelles (CPRI) ; à partir de 11 salariés, le comité social et économique (CSE). Le salarié peut aussi alerter l'inspection du travail, qui mène une enquête et peut saisir le procureur de la République.

Le droit d'alerte du CSE

Un membre de la délégation du personnel au CSE qui constate une atteinte aux droits des personnes ou à leur santé physique et mentale, notamment par des faits de harcèlement moral, en saisit immédiatement l'employeur (C. trav., L. 2312-59). L'employeur doit alors procéder sans délai à une enquête avec ce membre du CSE et prendre les dispositions nécessaires. En cas de carence de l'employeur ou de désaccord sur la réalité de l'atteinte, le salarié, ou le membre du CSE si le salarié averti par écrit ne s'y oppose pas, saisit le bureau de jugement du conseil de prud'hommes, qui statue selon la procédure accélérée au fond et peut ordonner sous astreinte toute mesure propre à faire cesser l'atteinte.

La médiation

L'article L. 1152-6 prévoit qu'une procédure de médiation peut être mise en œuvre par toute personne de l'entreprise s'estimant victime de harcèlement moral, ou par la personne mise en cause. Le médiateur est choisi d'un commun accord. Il tente de concilier les parties et leur soumet des propositions écrites pour mettre fin au harcèlement ; en cas d'échec, il les informe des sanctions encourues et des garanties procédurales prévues en faveur de la victime. La médiation reste facultative et n'empêche pas d'agir ensuite en justice.

Les obligations de l'employeur face au harcèlement moral

L'employeur « prend toutes dispositions nécessaires en vue de prévenir les agissements de harcèlement moral » (C. trav., L. 1152-4). Cette obligation de prévention s'inscrit dans son obligation générale de sécurité : selon l'article L. 4121-1, il « prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs », par des actions de prévention, d'information et de formation, et par une organisation et des moyens adaptés.

Concrètement, Service Public détaille ce que l'employeur doit faire :

  • porter à la connaissance de tous les salariés, par tout moyen (affichage, intranet), les textes qui punissent le harcèlement moral, dont l'article 222-33-2 du Code pénal ;
  • mentionner ces textes dans le règlement intérieur ;
  • mettre en place des actions de formation, de prévention et de sensibilisation destinées à tout le personnel ;
  • collaborer avec les représentants du personnel et, s'il existe, le CSE ;
  • financer la formation des membres du CSE et du référent harcèlement : 5 jours minimum, puis 3 jours supplémentaires en cas de renouvellement du mandat.

Pour l'employeur, l'enjeu est double. Il répond du harcèlement commis dans l'entreprise : selon Service Public, le conseil de prud'hommes peut le condamner à verser des dommages et intérêts au salarié victime, même s'il n'est pas l'auteur du harcèlement. Et une rupture du contrat liée au harcèlement l'expose à la nullité du licenciement et à ses conséquences financières.

Quels recours pour le salarié victime de harcèlement moral ?

Le salarié victime de harcèlement moral peut saisir le conseil de prud'hommes, les juridictions pénales, ou les deux. Service Public précise qu'il peut saisir le conseil de prud'hommes même s'il a déjà déposé plainte, et qu'il n'est pas obligé d'informer son employeur du dépôt de plainte contre l'auteur présumé. Toute organisation syndicale représentative peut aussi agir en justice à la place du salarié, avec son accord écrit.

RecoursContre qui ?Ce que l'on peut obtenirDélai
Conseil de prud'hommesL'employeurDommages et intérêts, nullité du licenciement, de la démission ou de la rupture conventionnelle, indemnités de rupture5 ans à compter des derniers faits
Plainte pénaleL'auteur du harcèlement (employeur, supérieur, collègue)Condamnation pénale ; dommages et intérêts si constitution de partie civile6 ans après le dernier fait
Alerte de l'inspection du travailL'entrepriseEnquête, saisine possible du procureur de la RépubliquePas de délai fixé par la fiche
Droit d'alerte du CSEL'employeurEnquête sans délai, puis procédure accélérée au fond devant les prud'hommesPas de délai fixé par le texte

Devant le conseil de prud'hommes

Selon Service Public, le salarié peut demander au conseil de prud'hommes des dommages et intérêts pour réparer le préjudice subi, et faire annuler un licenciement, une rupture conventionnelle ou une démission en lien avec le harcèlement moral. Service Public donne l'exemple d'une rupture conventionnelle annulée parce que, à la date de sa signature, l'employeur connaissait les faits de harcèlement sans avoir pris de mesure pour protéger le salarié. Pour préparer la procédure, voir notre guide sur la saisine du conseil de prud'hommes.

Le délai pour saisir le conseil de prud'hommes est de 5 ans à compter des derniers faits de harcèlement, selon Service Public. Les délais courts du Code du travail ne s'appliquent pas : l'article L. 1471-1 écarte la prescription de deux ans (exécution du contrat) et de douze mois (rupture du contrat) pour les actions exercées en application de l'article L. 1152-1. Attendre reste risqué : les preuves s'effacent et les témoins quittent l'entreprise.

Devant le juge pénal

Le harcèlement moral est aussi un délit. La victime peut porter plainte au commissariat ou à la gendarmerie, dans un délai de 6 ans après le dernier fait, précise Service Public. En se constituant partie civile, dès le dépôt de plainte et jusqu'au jugement, elle peut suivre l'affaire et obtenir que l'auteur soit condamné à l'indemniser. La plainte vise la personne qui a commis le harcèlement ; l'action prud'homale vise l'employeur, responsable de la santé et de la sécurité de ses salariés.

Démission, prise d'acte ou résiliation judiciaire

Un salarié qui ne supporte plus la situation est souvent tenté de démissionner. C'est rarement la meilleure option : une démission ouvre en principe moins de droits, notamment au chômage. Lorsque les manquements de l'employeur sont graves, d'autres voies existent, comme la prise d'acte de la rupture du contrat de travail, qui produit les effets d'un licenciement si les faits sont établis, ou la demande de résiliation judiciaire devant le conseil de prud'hommes. Ces choix engagent l'avenir du salarié et méritent une analyse préalable du dossier par un avocat en droit du travail.

Quelle indemnisation pour un harcèlement moral au travail ?

L'indemnisation du harcèlement moral n'obéit à aucun barème légal. Le juge fixe les dommages et intérêts en fonction du préjudice prouvé : durée et intensité des agissements, conséquences sur la santé, arrêts de travail, préjudice moral, perte de chance professionnelle, frais médicaux. Le dossier doit donc documenter les faits et leurs conséquences.

La nullité du licenciement et l'indemnité minimale

Selon l'article L. 1152-3, « toute rupture du contrat de travail intervenue en méconnaissance des dispositions des articles L. 1152-1 et L. 1152-2, toute disposition ou tout acte contraire est nul ». Un salarié licencié parce qu'il a subi ou dénoncé un harcèlement moral peut donc obtenir l'annulation de son licenciement.

Le barème d'indemnisation du licenciement sans cause réelle et sérieuse ne s'applique pas dans ce cas. L'article L. 1235-3-1 prévoit que, lorsque le salarié ne demande pas la poursuite de son contrat ou que sa réintégration est impossible, le juge lui octroie une indemnité à la charge de l'employeur qui « ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois ». Cette indemnité s'ajoute, le cas échéant, à l'indemnité de licenciement légale, conventionnelle ou contractuelle.

SituationCe que peut obtenir le salariéSource
Harcèlement subi, contrat en coursDommages et intérêts pour le préjudice subi, même si l'employeur n'est pas l'auteurService Public
Licenciement lié au harcèlementNullité ; réintégration, ou indemnité d'au moins 6 mois de salaire en plus de l'indemnité de licenciementC. trav., L. 1152-3 et L. 1235-3-1
Démission ou rupture conventionnelle liée au harcèlementAnnulation de la ruptureService Public ; C. trav., L. 1152-3
Procédure pénale avec partie civileDommages et intérêts versés par l'auteur (préjudice moral, frais médicaux)Service Public

Exemple chiffré de l'indemnité minimale

Un salarié licencié en lien avec des faits de harcèlement moral percevait 2 800 € brut par mois sur ses six derniers mois. S'il ne demande pas sa réintégration, l'indemnité pour licenciement nul ne peut être inférieure à 6 × 2 800 €, soit 16 800 €, quelle que soit son ancienneté. S'y ajoutent l'indemnité de licenciement, l'indemnité compensatrice de préavis le cas échéant, et des dommages et intérêts distincts pour le harcèlement lui-même si le préjudice est démontré. Ce calcul est un minimum légal, pas une estimation du montant que fixera le juge. Pour contester un licenciement dans ce contexte, voir aussi notre article sur les délais et recours pour contester un licenciement.

Harcèlement moral, arrêt de travail et inaptitude

Le harcèlement moral conduit parfois à un arrêt de travail prolongé, puis à un avis d'inaptitude du médecin du travail. Si l'inaptitude trouve son origine dans le harcèlement, le licenciement qui suit peut être contesté sur ce fondement. Notre guide sur les indemnités du licenciement pour inaptitude détaille les montants dus dans cette situation.

Harcèlement moral : que risque l'auteur et que risque l'employeur ?

Deux types de sanctions peuvent frapper l'auteur d'un harcèlement moral. Sur le plan disciplinaire, l'employeur peut le sanctionner : mutation, mise à pied, voire licenciement, selon Service Public. Sur le plan pénal, le harcèlement moral au travail est puni de 2 ans de prison et de 30 000 € d'amende ; si l'infraction a été commise avec deux circonstances aggravantes (par exemple sur internet et avec une incapacité totale de travail de plus de 8 jours), la peine encourue passe à 3 ans de prison et 45 000 € d'amende. L'auteur peut en outre être condamné à verser des dommages et intérêts à la victime.

L'employeur, de son côté, risque des dommages et intérêts au titre de son obligation de sécurité et de prévention, la nullité des ruptures liées au harcèlement, l'indemnité minimale de six mois de salaire et, s'il est lui-même l'auteur, les sanctions pénales. Il a donc intérêt à traiter tout signalement sans délai : enquête, mesures de protection, sanction de l'auteur si les faits sont établis.

Salarié ou employeur : les erreurs qui coûtent le dossier

  • Pour le salarié, attendre sans rien noter : un journal des faits daté et les échanges écrits sont la base du dossier.
  • Démissionner sous le coup de l'émotion, sans avoir évalué une prise d'acte, une résiliation judiciaire ou une rupture négociée.
  • Ne présenter qu'un fait isolé : le harcèlement moral suppose des agissements répétés.
  • Confondre désaccord professionnel et harcèlement : le juge examine les éléments objectifs avancés par l'employeur.
  • Pour l'employeur, ignorer un signalement ou conclure une enquête sans entendre les personnes concernées.
  • Sanctionner un salarié ou un témoin qui a dénoncé de bonne foi un harcèlement : la mesure est nulle.
  • Signer une rupture conventionnelle alors que des faits de harcèlement sont connus et non traités.

Faut-il un avocat en cas de harcèlement moral au travail ?

La représentation par avocat n'est pas obligatoire devant le conseil de prud'hommes. Mais le harcèlement moral est l'un des contentieux les plus délicats du droit du travail : il faut sélectionner les éléments de fait pertinents, anticiper la défense de l'employeur, choisir entre maintien du contrat, prise d'acte, résiliation judiciaire ou rupture négociée, et coordonner éventuellement la plainte pénale. Un avocat en droit du travail peut aussi accompagner l'employeur dans l'enquête interne et la prévention. Selon Service Public, l'aide juridictionnelle peut être demandée si les ressources ne permettent pas de régler l'avocat. Pour trouver un professionnel, consultez nos sélections des avocats en droit du travail à Versailles, dans les Yvelines, à Paris et en Île-de-France, ainsi que notre guide pour choisir un bon avocat.

Questions fréquentes sur le harcèlement moral au travail

Qu'est-ce que le harcèlement moral au travail ?

Ce sont des agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet de dégrader les conditions de travail d'un salarié, au point de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel (C. trav., L. 1152-1).

Comment prouver un harcèlement moral ?

Le salarié présente des éléments de fait laissant supposer un harcèlement : mails, SMS, attestations de témoins, documents de travail, certificats médicaux, journal daté des faits. L'employeur doit ensuite prouver que ces agissements ne sont pas un harcèlement et que ses décisions reposent sur des éléments objectifs.

Quels sont les recours contre le harcèlement moral ?

Le salarié peut alerter l'employeur, les représentants du personnel ou l'inspection du travail, saisir le conseil de prud'hommes contre l'employeur et porter plainte contre l'auteur. Les deux actions, prud'homale et pénale, peuvent être menées en même temps.

Quel est le délai pour agir ?

Selon Service Public, le délai pour saisir le conseil de prud'hommes est de 5 ans à compter des derniers faits de harcèlement, et la plainte doit être déposée dans les 6 ans après le dernier fait.

Faut-il que l'auteur ait voulu nuire ?

Non. Il suffit que son comportement ait pour effet de nuire à la victime, même s'il ne se rend pas compte du mal qu'il fait.

Un collègue peut-il être l'auteur d'un harcèlement moral ?

Oui. Le harcèlement moral est interdit quel que soit le lien hiérarchique : il peut être commis par l'employeur, un supérieur, un collègue ou un subordonné.

Quelle indemnisation en cas de licenciement lié au harcèlement ?

Le licenciement est nul. Si le salarié ne demande pas sa réintégration ou si elle est impossible, il perçoit une indemnité d'au moins six mois de salaire, en plus de l'indemnité de licenciement et des dommages et intérêts pour le harcèlement.

Que risque l'auteur d'un harcèlement moral ?

Une sanction disciplinaire pouvant aller jusqu'au licenciement, et une sanction pénale de 2 ans de prison et 30 000 € d'amende, portée à 3 ans et 45 000 € avec deux circonstances aggravantes, ainsi que des dommages et intérêts.

Un témoin peut-il être sanctionné ?

Non, s'il a témoigné de bonne foi : la loi interdit toute sanction ou mesure discriminatoire à son encontre. Il peut en revanche être sanctionné en cas de dénonciation mensongère.

Sources officielles consultées le 23 octobre 2026 : fiche Service Public « Harcèlement moral » (vérifiée le 31 octobre 2025) ; Code du travail, articles L. 1152-1, L. 1152-2, L. 1152-3, L. 1152-4, L. 1152-5, L. 1152-6, L. 1154-1, L. 1235-3-1, L. 1471-1, L. 2312-59 et L. 4121-1 (Code du travail numérique). Cet article donne une information générale et ne remplace pas l'analyse d'un dossier par un avocat.

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