Mesure provisoire et non sanction, la mise à pied conservatoire suspend le contrat et le salaire le temps de la procédure disciplinaire : délais, durée, paiement et recours devant les prud'hommes.

Par Avocats de Confiance · Publié et vérifié le 15 octobre 2026. La mise à pied conservatoire est une mesure provisoire : l'employeur écarte immédiatement un salarié de l'entreprise, le temps de mener la procédure disciplinaire, lorsque les faits reprochés paraissent trop graves pour le laisser à son poste. Elle n'est pas une sanction. Elle ne décide de rien. Mais elle suspend le contrat de travail et, souvent, le salaire, dans l'attente d'une décision qui peut aller du simple avertissement au licenciement pour faute grave.
Ce guide, écrit du point de vue du salarié mais utile aussi à l'employeur qui veut sécuriser sa procédure, explique ce que dit le Code du travail, comment distinguer la mise à pied conservatoire de la mise à pied disciplinaire, quels délais l'employeur doit respecter, ce qu'il advient du salaire et comment contester une mise à pied abusive devant le conseil de prud'hommes. Chaque règle renvoie à un texte ou à une décision de la Cour de cassation.
| Question | Réponse | Texte de référence |
|---|---|---|
| Nature | Mesure provisoire, pas une sanction disciplinaire | Article L. 1332-3 ; fiche Service-Public F2839 |
| Quand ? | Faits rendant indispensable l'éloignement immédiat du salarié, en général une faute grave envisagée | Article L. 1332-3 |
| Obligatoire avant un licenciement pour faute grave ? | Non | Cass. soc. 2 mai 2024, n° 22-13.869 |
| Forme | Orale ou écrite ; l'écrit mentionnant le caractère conservatoire est vivement conseillé | Fiche Service-Public F2839 |
| Durée | Celle de la procédure disciplinaire ; aucune durée légale fixée | Glossaire du Code du travail numérique |
| Délai pour engager la procédure | Concomitant ou très bref, sauf justification (enquête, poursuites pénales) | Cass. soc. 30 octobre 2013, n° 12-22.962 |
| Salaire | Suspendu ; perdu seulement si une faute grave ou lourde est finalement retenue | Jurisprudence constante de la Cour de cassation |
| Recours | Conseil de prud'hommes : rappel de salaire, requalification, indemnités | Articles L. 1333-1, L. 1333-2 et L. 1471-1 |
Le Code du travail ne définit pas la mise à pied conservatoire en tant que telle. Il la mentionne à l'article L. 1332-3 : lorsque les faits reprochés au salarié ont rendu indispensable une mesure conservatoire de mise à pied à effet immédiat, aucune sanction définitive relative à ces faits ne peut être prise sans que la procédure disciplinaire prévue à l'article L. 1332-2 ait été respectée. Autrement dit, la mise à pied conservatoire est un préalable possible à une sanction, jamais la sanction elle-même.
Le glossaire du Code du travail numérique, édité par le ministère du Travail, la décrit comme une suspension provisoire du contrat de travail, décidée à la suite d'une faute d'une gravité telle que le salarié ne peut pas rester dans l'entreprise pendant la procédure disciplinaire. Elle prend fin lorsque la sanction définitive est prononcée. La fiche Service-Public sur la procédure de licenciement pour motif personnel, vérifiée le 11 mai 2026, précise que l'employeur peut la décider pendant la procédure, oralement ou par écrit, et qu'elle n'est pas une sanction disciplinaire.
En droit social, la définition couramment retenue est donc celle d'une suspension temporaire du contrat de travail, décidée par l'employeur dans l'attente d'une sanction. Concrètement, le salarié reçoit l'ordre de quitter l'entreprise sur-le-champ, ou de ne pas s'y présenter, dans l'attente de la décision de l'employeur. Son contrat de travail est suspendu : il ne travaille plus, il n'est en principe plus payé pour cette période, mais il reste salarié de l'entreprise et conserve ses droits attachés au contrat, notamment la protection sociale et la couverture santé.
La confusion entre les deux mesures est fréquente, y compris dans les lettres rédigées par les employeurs, et elle est lourde de conséquences. La mise à pied disciplinaire est une sanction au sens de l'article L. 1331-1 du Code du travail, qui vise toute mesure, autre que les observations verbales, prise par l'employeur à la suite d'un agissement du salarié considéré comme fautif. Elle suspend le contrat et la rémunération pendant une durée fixée à l'avance, par exemple deux ou trois jours. Elle clôt le dossier : les mêmes faits ne peuvent plus donner lieu à une autre sanction, comme le rappelle la fiche Service-Public sur les sanctions disciplinaires, vérifiée le 7 mai 2025.
La mise à pied conservatoire, elle, ne sanctionne rien. Elle attend. Sa durée n'est pas fixée par avance, puisqu'elle dépend de la procédure. Et elle laisse l'employeur libre de prononcer ensuite la sanction qu'il estime justifiée, ou aucune sanction. Le tableau ci-dessous résume les écarts.
| Critère | Mise à pied conservatoire | Mise à pied disciplinaire |
|---|---|---|
| Nature juridique | Mesure d'attente, provisoire | Sanction disciplinaire définitive |
| Fondement | Article L. 1332-3 | Articles L. 1331-1 et L. 1332-2 ; règlement intérieur |
| Durée | Celle de la procédure, non fixée à l'avance | Fixée dans la notification, plafonnée par le règlement intérieur ou la convention collective |
| Salaire | Suspendu, puis payé ou non selon la décision finale | Perdu définitivement pour les jours de sanction |
| Suite possible | Toute sanction, y compris le licenciement, ou aucune | Aucune autre sanction pour les mêmes faits |
| Procédure | Doit être suivie immédiatement de l'engagement de la procédure disciplinaire | Convocation, entretien, notification motivée |
| Mention dans le dossier | Pas une sanction : ne peut pas être invoquée comme antécédent | Sanction : peut être invoquée pendant trois ans en cas de nouvelle faute |
Beaucoup de salariés pensent qu'un licenciement pour faute grave suppose une mise à pied immédiate, et qu'un employeur qui les a laissés travailler ne peut plus invoquer la faute grave. La Cour de cassation a écarté ce raisonnement dans un arrêt du 2 mai 2024 (Cass. soc., n° 22-13.869), présenté sur le site Service-Public : une salariée maintenue à son poste pendant un mois après les faits avait été licenciée pour faute grave ; la cour d'appel avait jugé que ce maintien excluait la faute grave ; la Cour de cassation a censuré cette analyse, l'employeur ayant convoqué la salariée à l'entretien préalable une semaine après les faits. L'employeur n'est pas tenu de prononcer une mise à pied conservatoire. Ce qui compte, c'est qu'il engage la procédure dans un délai restreint après avoir eu connaissance des faits.
La loi pose une condition de fond : les faits reprochés doivent avoir rendu indispensable l'éloignement immédiat du salarié. En pratique, l'employeur y recourt lorsqu'il envisage un licenciement pour faute grave ou pour faute lourde, et que la présence du salarié présente un risque pour l'entreprise, pour ses collègues, pour les clients ou pour la conservation des preuves : violences ou menaces, vol ou détournement, harcèlement, état d'ébriété au travail, mise en danger d'autrui, divulgation d'informations confidentielles, insubordination grave. La liste n'est pas légale ; elle découle des décisions rendues au cas par cas.
À l'inverse, la mise à pied conservatoire n'a pas sa place dans une procédure non disciplinaire. Une insuffisance professionnelle, un motif économique ou une inaptitude ne justifient pas d'écarter le salarié de l'entreprise à titre conservatoire. La fiche Service-Public F2839 la réserve d'ailleurs au licenciement pour motif disciplinaire. Un employeur qui l'utiliserait pour une réorganisation ou pour accélérer un départ s'exposerait à devoir payer les salaires et, selon les cas, à voir le licenciement jugé sans cause réelle et sérieuse.
Elle ne doit pas non plus servir de sanction déguisée. Si l'employeur écarte le salarié pendant plusieurs semaines sans engager de procédure, puis le réintègre sans suite, ou prononce un simple avertissement, la mesure perd son caractère conservatoire. Le juge peut alors y voir une sanction disciplinaire, avec les conséquences décrites plus bas sur le salaire et sur la règle de l'interdiction de la double sanction.
Le représentant du personnel, le délégué syndical ou le membre du comité social et économique peut aussi être mis à pied à titre conservatoire. L'article L. 2421-1 et l'article L. 2421-3 du Code du travail prévoient qu'en cas de faute grave, l'employeur peut prononcer la mise à pied immédiate de l'intéressé dans l'attente de la décision définitive de l'inspection du travail. Pour le délégué syndical, la décision doit être motivée et notifiée à l'inspecteur du travail dans les quarante-huit heures de sa prise d'effet. Si l'autorisation de licencier est refusée, la mise à pied est annulée et ses effets sont supprimés de plein droit : le salarié est réintégré et payé.
La mise à pied conservatoire n'est pas réservée au CDI. En CDD, l'article L. 1243-1 du Code du travail n'autorise la rupture anticipée, hors accord des parties, qu'en cas de faute grave, de force majeure ou d'inaptitude constatée par le médecin du travail : l'employeur qui envisage une rupture anticipée pour faute grave peut donc écarter le salarié à titre conservatoire, selon les mêmes règles de procédure et de salaire. Pendant la période d'essai, l'employeur peut en principe mettre fin au contrat librement, mais la jurisprudence de la Cour de cassation impose le respect de la procédure disciplinaire lorsque la rupture de l'essai repose sur un motif disciplinaire ; une mise à pied conservatoire pendant l'essai suit alors le même régime.
La convention collective applicable peut enfin ajouter des garanties : durée maximale des mises à pied disciplinaires, échelle des sanctions, consultation d'un conseil de discipline avant toute sanction, ou obligation d'un écrit. Ces règles conventionnelles s'imposent à l'employeur et leur méconnaissance peut rendre la sanction irrégulière. Le règlement intérieur, obligatoire dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, fixe de son côté la nature et l'échelle des sanctions disciplinaires : selon la Cour de cassation, une mise à pied disciplinaire qui y figure sans durée maximale ne peut pas être prononcée valablement.
La mise à pied conservatoire n'obéit à aucun formalisme légal propre. Elle peut être notifiée oralement, mais l'écrit s'impose en pratique, pour l'employeur comme pour le salarié : une lettre remise en main propre contre décharge ou un courrier recommandé, mentionnant expressément le caractère conservatoire de la mesure, sa date d'effet et le fait qu'elle s'inscrit dans une procédure disciplinaire en cours. Très souvent, cette mention figure directement dans la lettre de convocation à l'entretien préalable. Le ministère du Travail propose d'ailleurs un modèle de lettre de licenciement pour motif disciplinaire dont l'une des options vise expressément le salarié mis à pied à titre conservatoire, avec la mention de la période non rémunérée.
Le véritable enjeu est le calendrier. La mesure n'est conservatoire que si elle accompagne une procédure disciplinaire engagée immédiatement ou dans un délai très court. Les étapes de cette procédure sont fixées par le Code du travail.
| Étape | Règle | Texte |
|---|---|---|
| Connaissance des faits | L'employeur dispose de deux mois pour engager des poursuites disciplinaires, sauf poursuites pénales dans le même délai | Article L. 1332-4 |
| Mise à pied conservatoire | Effet immédiat ; doit être suivie sans délai de l'engagement de la procédure | Article L. 1332-3 ; Cass. soc. 30 octobre 2013 |
| Convocation à l'entretien préalable | Lettre recommandée ou remise en main propre, précisant l'objet, la date, l'heure, le lieu et la possibilité d'être assisté | Articles L. 1232-2 et L. 1332-2 |
| Délai avant l'entretien | Au moins cinq jours ouvrables entre la présentation de la lettre et l'entretien | Article L. 1232-2 |
| Entretien préalable | L'employeur expose les motifs et recueille les explications ; le salarié peut être assisté | Article L. 1332-2 |
| Notification de la sanction | Au plus tôt deux jours ouvrables après l'entretien, au plus tard un mois après | Articles L. 1332-2 et L. 1232-6 |
C'est le point le plus souvent plaidé devant les conseils de prud'hommes. Aucun texte ne fixe un nombre de jours. La Cour de cassation exige que l'engagement de la procédure soit concomitant à la mise à pied, ou intervienne dans un délai très bref, et que tout délai plus long soit justifié par l'employeur.
Deux décisions illustrent la frontière. Dans un arrêt du 20 mars 2013 (Cass. soc., n° 12-15.707), un convoyeur de fonds mis à pied à titre conservatoire par télégramme avait été convoqué à l'entretien préalable dès le lendemain : la Cour a confirmé le caractère conservatoire de la mesure, même si le télégramme ne mentionnait pas la procédure de licenciement, parce que la convocation avait suivi le jour même. Dans un arrêt publié du 30 octobre 2013 (Cass. soc., n° 12-22.962), un éducateur spécialisé avait été mis à pied le 14 octobre 2005 et convoqué seulement le 20 octobre, six jours plus tard, sans que l'employeur justifie ce délai : la cour d'appel a retenu que la mise à pied, bien que qualifiée de conservatoire, avait un caractère disciplinaire, et la Cour de cassation a approuvé ce raisonnement. L'employeur ayant déjà sanctionné les faits par cette mise à pied, il ne pouvait pas sanctionner une seconde fois le salarié pour les mêmes faits : le licenciement pour faute grave était privé de cause.
Un délai de quelques jours peut en revanche être admis lorsque l'employeur établit qu'il était nécessaire, par exemple pour mener une enquête interne sur des détournements ou pour attendre le résultat d'investigations. La charge de cette justification pèse sur l'employeur. Pour le salarié, la leçon est simple : conservez la preuve de la date de la mise à pied et celle de la première présentation de la convocation. Quelques jours d'écart inexpliqués peuvent faire tomber le licenciement.
La loi ne fixe aucune durée maximale. La mise à pied conservatoire dure le temps de la procédure disciplinaire et prend fin avec la notification de la sanction, ou avec la décision de ne pas sanctionner. Le calendrier légal donne toutefois un ordre de grandeur : convocation immédiate, entretien au plus tôt cinq jours ouvrables plus tard, notification entre deux jours ouvrables et un mois après l'entretien. Dans une procédure menée sans retard, la mise à pied conservatoire dure donc en général entre une et six semaines. Elle peut s'étendre lorsque l'employeur attend l'issue de poursuites pénales engagées pour les mêmes faits, hypothèse dans laquelle la Cour de cassation admet qu'il diffère l'entretien.
Une mise à pied qui s'étire au-delà de la procédure, ou qui n'est suivie d'aucune procédure, change de nature selon la jurisprudence. Le salarié peut alors demander au juge de la requalifier en sanction disciplinaire ou de constater qu'elle était injustifiée, et réclamer le paiement des salaires correspondants.
Pendant la mesure, le contrat de travail est suspendu et l'employeur ne verse pas le salaire. Mais cette retenue n'est que provisoire : son sort définitif dépend de la décision prise au terme de la procédure. C'est l'une des différences essentielles avec la mise à pied disciplinaire, dont la perte de salaire est acquise dès la notification.
Selon une jurisprudence constante de la Cour de cassation, l'employeur n'est dispensé de payer la période de mise à pied conservatoire que si le licenciement est finalement prononcé pour faute grave ou pour faute lourde, et que cette qualification est confirmée en cas de litige. Dans toutes les autres hypothèses, le salaire doit être payé : licenciement pour faute simple, licenciement pour un motif non disciplinaire, sanction moindre comme un avertissement, absence de toute sanction, ou procédure abandonnée. Si l'employeur prononce une mise à pied disciplinaire, la perte de salaire se limite à la durée de cette sanction.
| Issue de la procédure | Salaire de la période de mise à pied conservatoire |
|---|---|
| Licenciement pour faute grave ou faute lourde confirmé | Non payé |
| Licenciement pour faute grave requalifié par le juge en faute simple ou sans cause réelle et sérieuse | Rappel de salaire dû, avec les congés payés afférents |
| Licenciement pour faute simple | Payé |
| Licenciement non disciplinaire (inaptitude, insuffisance professionnelle, motif économique) | Payé |
| Mise à pied disciplinaire | Perte de salaire limitée aux jours de la sanction prononcée |
| Avertissement, blâme ou aucune sanction | Payé intégralement |
Le salarié licencié pour faute grave perd aussi, en principe, l'indemnité de licenciement et l'indemnité compensatrice de préavis. Les sommes qu'il conserve et celles qu'il peut récupérer si la faute grave est écartée sont détaillées dans notre guide sur les indemnités après un licenciement pour faute grave. Les primes et avantages liés à la présence ou au travail effectif suivent le même régime que le salaire ; les droits à congés payés continuent en revanche d'être examinés au regard des règles d'acquisition applicables, et la question mérite d'être posée à un avocat lorsque la mise à pied a duré plusieurs semaines.
Un arrêt de travail survenant pendant la mise à pied conservatoire ne met pas fin à la procédure : l'employeur peut poursuivre et notifier la sanction, dans les délais légaux. Le salarié doit, comme toujours, transmettre son arrêt dans les délais, selon les règles rappelées dans notre article sur l'envoi d'un arrêt de travail à l'employeur. Les indemnités journalières de la sécurité sociale relèvent de règles distinctes de celles du salaire ; en cas de litige sur la période couverte, le rappel de salaire éventuel se calcule en tenant compte des sommes déjà perçues.
Pendant la mise à pied, le salarié reste tenu à son obligation de loyauté et, le cas échéant, à sa clause d'exclusivité ou de non-concurrence : travailler pour un concurrent pendant cette période serait une faute supplémentaire. Il peut en revanche préparer sa défense, consulter un avocat, réunir ses bulletins de paie, ses échanges professionnels et les témoignages utiles, et solliciter l'assistance d'un salarié de l'entreprise ou, à défaut de représentants du personnel, d'un conseiller du salarié pour l'entretien préalable.
Le salarié qui estime la mise à pied injustifiée, trop longue ou irrégulière peut saisir le conseil de prud'hommes. Le juge dispose de pouvoirs étendus. L'article L. 1333-1 du Code du travail lui confie le contrôle de la régularité de la procédure et de la justification des faits ; l'employeur doit fournir les éléments retenus pour prendre la mesure, le salarié peut produire les siens, et si un doute subsiste, il profite au salarié. L'article L. 1333-2 permet d'annuler une sanction irrégulière en la forme, injustifiée ou disproportionnée à la faute commise.
Trois scénarios reviennent le plus souvent. Premier cas : la mise à pied a été suivie d'un licenciement pour faute grave, mais le juge estime que les faits ne caractérisent pas une faute grave. Le salarié obtient alors le rappel de salaire de la mise à pied, l'indemnité compensatrice de préavis, l'indemnité de licenciement et, si le licenciement est jugé sans cause réelle et sérieuse, l'indemnité du barème de l'article L. 1235-3, qui va de un à vingt mois de salaire brut selon l'ancienneté et la taille de l'entreprise.
Deuxième cas : la mise à pied dite conservatoire n'a pas été suivie immédiatement de la procédure, sans justification. Le juge la requalifie en mise à pied disciplinaire. Les faits ayant déjà été sanctionnés, le licenciement prononcé ensuite pour les mêmes faits constitue une double sanction interdite et se trouve dépourvu de cause réelle et sérieuse, comme dans l'arrêt du 30 octobre 2013 cité plus haut. Le salarié cumule alors le rappel de salaire et les indemnités de rupture.
Troisième cas : la mise à pied n'a débouché sur aucune sanction, ou sur une sanction légère. Le salarié réclame le paiement des jours non payés, majoré des congés payés afférents, et peut demander des dommages et intérêts si la mesure lui a causé un préjudice distinct, par exemple une atteinte à sa réputation professionnelle lorsque l'éloignement a été rendu public dans l'entreprise. Le refus de la réintégration ou le maintien d'une mise à pied sans suite peut aussi, dans les situations les plus graves, fonder une prise d'acte de la rupture aux torts de l'employeur : cette voie est risquée et ne se décide qu'avec un avocat.
Les délais dépendent de la demande. L'article L. 1471-1 du Code du travail fixe à douze mois, à compter de la notification, le délai pour contester la rupture du contrat de travail, et à deux ans le délai pour toute action portant sur son exécution, comme la contestation d'une sanction. Les demandes de rappel de salaire, dont le salaire de la mise à pied conservatoire, se prescrivent par trois ans en application de l'article L. 3245-1. Le salarié qui conteste à la fois son licenciement et la mise à pied doit donc agir dans les douze mois pour sécuriser l'ensemble de ses demandes.
| Élément à conserver | Pourquoi |
|---|---|
| Lettre ou message notifiant la mise à pied, avec sa date | Prouver le point de départ de la mesure et sa qualification |
| Lettre de convocation et avis de première présentation | Mesurer le délai entre mise à pied et engagement de la procédure |
| Compte rendu de l'entretien préalable rédigé par l'assistant du salarié | Fixer les motifs annoncés et les explications données |
| Lettre de notification de la sanction | Vérifier le délai de deux jours ouvrables à un mois et les motifs |
| Bulletins de paie des mois concernés | Chiffrer la retenue de salaire et les congés payés afférents |
| Règlement intérieur et convention collective | Contrôler l'échelle des sanctions et la durée maximale des mises à pied disciplinaires |
| Échanges professionnels, témoignages, documents sur les faits | Contester la matérialité ou la gravité des faits reprochés |
Avant d'engager une action, il est utile de vérifier si la lettre de convocation respectait les droits du salarié : notre article sur l'entretien préalable au licenciement détaille les mentions obligatoires et les conséquences d'une absence du salarié. Lorsque les faits reprochés relèvent de la vie personnelle ou d'une opinion exprimée, les analyses sur le licenciement fondé sur la vie privée et sur la liberté d'expression du salarié montrent dans quelles limites l'employeur peut sanctionner. Enfin, une rupture conventionnelle reste négociable tant que le licenciement n'est pas notifié, si les deux parties y trouvent un intérêt.
Prenons un salarié en CDI, rémunéré 2 600 euros brut par mois, mis à pied à titre conservatoire le lundi 5 octobre et licencié pour faute grave le 2 novembre, soit quatre semaines d'éloignement. L'employeur retient environ 2 400 euros brut de salaire sur cette période. Si le conseil de prud'hommes juge que les faits constituaient une faute simple et non une faute grave, le salarié obtient le rappel de ces 2 400 euros, augmentés de 10 % au titre des congés payés afférents, soit 2 640 euros brut, auxquels s'ajoutent l'indemnité compensatrice de préavis et l'indemnité légale de licenciement. Si le licenciement est en outre jugé sans cause réelle et sérieuse, l'indemnité du barème vient compléter ce total. Ces chiffres sont indicatifs : le calcul exact dépend de la convention collective, de l'ancienneté et de la structure de la rémunération.
D'abord, ne pas quitter l'entreprise sans trace écrite : demander la confirmation de la mesure par écrit, ou l'acter soi-même par courriel en rappelant la date, l'heure et les termes employés. Ensuite, respecter la mesure : se présenter malgré l'interdiction ou refuser de partir expose à un reproche supplémentaire. Ne pas démissionner sous la pression non plus : une démission ferme, en principe, l'accès à l'allocation chômage et prive le salarié de la possibilité de faire juger la procédure, alors qu'un licenciement, même pour faute grave, ouvre droit au chômage et peut être contesté. Puis rassembler les documents listés plus haut et contacter un conseiller du salarié, un représentant du personnel ou un avocat en droit du travail pour préparer l'entretien préalable. L'entretien est le moment où le salarié peut faire valoir ses explications et obtenir la mention de ses contestations ; il ne faut ni le fuir, ni s'y rendre sans préparation.
Pour les salariés et les employeurs des Yvelines, le classement des avocats en droit du travail dans les Yvelines présente les cabinets intervenant devant le conseil de prud'hommes de Versailles et des départements voisins, avec leurs sources d'avis. Notre guide pour bien choisir son avocat aide à comparer les cabinets et à anticiper le coût d'une procédure prud'homale.
Aucune durée maximale n'est fixée par la loi. La mise à pied conservatoire dure le temps de la procédure disciplinaire, en général entre une et six semaines compte tenu des délais légaux de convocation et de notification. Elle doit être suivie sans délai de l'engagement de la procédure, faute de quoi le juge peut la requalifier en sanction disciplinaire.
Le salaire est suspendu pendant la mesure. Il n'est définitivement perdu que si le salarié est licencié pour faute grave ou faute lourde et que cette qualification est confirmée. Dans tous les autres cas, licenciement pour faute simple, sanction moindre ou absence de sanction, l'employeur doit payer la période, avec les congés payés afférents.
La mise à pied disciplinaire est une sanction définitive, d'une durée fixée à l'avance, qui prive le salarié de son salaire pour cette durée et interdit toute autre sanction pour les mêmes faits. La mise à pied conservatoire est une mesure d'attente, sans durée prédéterminée, qui précède une sanction et dont le salaire est payé ou non selon la décision finale.
Non. La Cour de cassation a jugé le 2 mai 2024 (n° 22-13.869) que l'employeur n'est pas tenu de prononcer une mise à pied conservatoire. Il doit seulement engager la procédure dans un délai restreint après avoir eu connaissance des faits.
La mise à pied elle-même peut être notifiée oralement ou par écrit, sans entretien. En revanche, aucune sanction définitive ne peut être prise ensuite sans convocation à un entretien préalable, respect du délai de cinq jours ouvrables et notification motivée, conformément aux articles L. 1332-2 et L. 1332-3 du Code du travail.
La convocation doit être concomitante ou suivre dans un délai très bref. Un écart de six jours non justifié a suffi à requalifier la mesure en sanction disciplinaire dans l'arrêt du 30 octobre 2013 (n° 12-22.962). Un délai plus long n'est admis que si l'employeur justifie d'une nécessité, par exemple une enquête interne.
Les faits sont considérés comme déjà sanctionnés. Le licenciement prononcé ensuite pour les mêmes faits constitue une double sanction interdite et devient sans cause réelle et sérieuse. Le salarié peut obtenir le rappel de salaire, les indemnités de rupture et l'indemnité du barème de l'article L. 1235-3.
Douze mois à compter de la notification du licenciement pour contester la rupture, deux ans pour une action portant sur l'exécution du contrat, trois ans pour un rappel de salaire. Agir dans les douze mois sécurise l'ensemble des demandes lorsque la mise à pied a été suivie d'un licenciement.
Oui, en cas de faute grave, dans l'attente de la décision de l'inspection du travail, selon les articles L. 2421-1 et L. 2421-3 du Code du travail. Si l'autorisation de licenciement est refusée, la mise à pied est annulée et ses effets sont supprimés de plein droit.
Sources officielles consultées le 15 octobre 2026 : article L. 1332-3, article L. 1332-2, article L. 1332-4, article L. 1331-1, article L. 1232-2, article L. 1232-6, article L. 1333-1, article L. 1333-2, article L. 1471-1, article L. 2421-1, article L. 2421-3 et article L. 1243-1 du Code du travail sur le Code du travail numérique ; glossaire et modèle de lettre de licenciement pour motif disciplinaire du Code du travail numérique ; fiches Service-Public F2839 (vérifiée le 11 mai 2026) et F2234 (vérifiée le 7 mai 2025) ; actualité Service-Public sur l'arrêt du 2 mai 2024 ; Cass. soc. 30 octobre 2013, n° 12-22.962 et Cass. soc. 20 mars 2013, n° 12-15.707 sur Légifrance. Ce contenu est une information juridique générale et ne remplace pas une consultation individuelle.

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